01 mai 2008

DPMR.CM 8

Cours 8 : 08/04/08

 

 La passion dans le stoïcisme présente deux aspects : un jugement erroné et une pression qui n’est pas seulement intellectuelle mais est liée à la nature physique de l’âme, puisque l’âme est un πνευμα, il y a donc une double approche de la passion, une intellectualiste et une physique (la nature pneumatique de l’âme).

 Cette double approche est en fait triple : comme vu dans le Lucullus, 145, il y a un mécanisme du jugement corrompu, c’est l’intellect. Du côté de la physique, la passion correspond à une tension de l’âme qui n’est pas en harmonie avec la tension du monde : c’est le τονος, la tension, celle de l’âme individuelle qui peut être en accord avec l’âme du monde. Si l’âme du monde et celle de l’être humain sont en harmonie, il y a sagesse. Si disharmonie, processus passionnel. Pour ne pas être en état de passion, il faut un unison. Enfin, la relation au temps : la passion est la maladie de notre relation au temps ; on privilégie ce qui n’existe pas par rapport à ce qui existe. Dans le processus passionnel, l’âme s’égare dans ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore. Il y a contact avec le néant. Théorie des incorporels : dans la troisième approche, le temps fait partie des quatre incorporels, dans le stoïcismes ce sont les seules choses incorporelles : le lieu (l’espace), le temps, le vide et le λεκτον (le signifié d’une représentation, donc son sens).

 

L’intellect : la passion comme erreur du jugement

 Le Lucullus, 145, décrit les différentes phases du processus du jugement. D’abord le visum, la représentation, la φαντάσια, le premier rapport cognitif au monde. C’est la métaphore de la main ouverte. Puis l’adensus, l’assentiment au λεκτον, avec la main aux doigts légèrement repliés. Assentiment de type : « ceci est une table ». Puis, la comprehensio : un néologisme cicéronien pour la καταλέψις, la représentation plus l’assentiment, avec emmagasinage dans la mémoire : le poing fermé. Enfin, le point fermé dans l’autre main, c’est la scientia (la sapientia), le savoir absolu, la perfection de la raison.

 Le terme de comprehensio renvoie à un savoir, même fragmentaire, le tout-venant de notre connaissance du monde. On peut arriver à la τεχνη, la technique ensemble de compréhension organisé en vue d’une finalité utile à la vie. Ex : les mathématiques, ensemble de savoir limité, articulé, vers une fin utile à la vie. Mais possibilité d’une mauvais usage de la comprehensio : le πάθος, la passion, lorsque les savoirs fragmentaires entre en contradiction les uns avec les autres, il y a διάστροφη perversion du jugement, ce qui fait que le πάθος est une mauvaise organisation des savoirs sur le monde. Exemple du chagrin : articulation de deux propositions, la mort est un mal, je dois me lamenter, qui sont toutes deux des pseudo-savoirs.

 

La relation au temps

Texte : Tusc., III, 24 (suite)

 Nam cum omnis perturbatio sit animi motus vel rationis expers vel rationem aspernans vel rationi non oboediens, isque motus aut boni aut mali opinione citetur bifariam, …

 En effet, comme toute passion est un mouvement de l’âme dépourvu de raison ou bien méprisant la raison ou bien n’obéissant pas à la raison, et ce mouvement est provoqué dans deux directions : par l’opinion d’un bien ou d’un mal …

 Deux termes importants : motus et opinio. Le jugement est accompagné d’un mouvement de l’âme, lié à sa nature physique. Le langage sur la raison est un vocabulaire dualiste, celui de Platon pour exprimer une réalité moniste, celle du stoïcien. Chez Platon, ces termes désignent les parties de l’âme irrationnelle ; dans le stoïcisme, c’est la raison malade.

 

Organisation des 4 passions : dans les opinions d’un bien (l’erreur), le plaisir (qui se rapporte au présent) et le désir (à l’avenir) se rapportent, dans l’opinion d’un mal, au chagrin et à la peur. La peur est l’opinion d’un mal à venir, une opinion qui porte sur l’avenir. Le chagrin se rapporte au passé, une mauvaise évaluation du passé. La structuration se déploie dans le temps : le jugement axiologique et erroné dans le temps.

 

Le temps pour les stoïciens

 Il y a donc une maladie de la perception du temps, lequel est définit par les stoïciens comme une dimension du mouvement du monde. De fait, la véritable perception du temps ne peut être que cosmique. Il doit toujours être référé aux cycles de l’univers. Problème de la passion qui est l’inverse : on ne tient plus compte du monde, on instaure le monde intérieur comme un temps universel. La passion est une inversion de la définition du temps, une extension au monde du mouvement erroné de l’âme.

 Le temps est infini dans toutes ses directions et le présent est considéré comme la frontière toujours mouvante, insaisissable du passé et du futur et c’est là qu’intervient le fait que seul le présent est une frontière, seul le présent υπαρφρειν existe, alors que le futur et le passé υφεσθεναι subsistent. Seul le présent est en contact avec le monde. Seul le présent témoigne de notre insertion dans le monde tel qu’il est. Le passé et le futur appartiennent à des mondes qui ne sont plus ou qui n’existent pas encore.

 D’où l’idée qu’il faut penser dans le présent, être enraciné dans le présent ; être à chaque fois dans le monde tel qu’il est et non dans le monde tel qu’il n’est pas ou n’est plus. Le sage est toujours enraciné dans ce qui existe. Les hommes et femmes passionnés sont dans l’ailleurs. Il y a renonciation au contact avec la réalité du monde. Il y a purgation de l’âme du sage de cette fascination du non-être temporel qui constitue l’essence même de la passion.

 Exemple de la lettre 24, Sénèque y donne l’exemple d’un grand personnage. Mucius Scaevola avait tenté de tuer Forsenna, roi étrusque, lequel a fait brûler la main qui avait essayer de le tuer. Mucius voit son corps brûler avec une parfaite impassibilité. La présence dans l’horreur contrecarre la douleur par la compréhension de ce qui lui arrive dans le temps. Il trouve en lui l’énergie nécessaire pour combattre la douleur, pas dans l’alternative d’espoir de l’immortalité de l’âme. Il n’y a qu’une survie limitée des âmes dans le stoïcisme. L’âme du sage dure jusqu’au prochain embrasement du monde.

Posté par Will9 à 15:01 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur DPMR.CM 8

  • Merci beaucoup d'avoir mis tes notes en ligne !! Elles sont les bienvenues pour compléter mon cours ! (srtt que je suis en LM dc moi les textes grecs non traduits...!!!)

    Posté par Maggy, 23 mai 2008 à 08:50 | | Répondre
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