13 avril 2008

DPMR.CM 1

Ce cours d'option, assuré par M. Levi, a pour intitulé : Doctrines Politiques et Morales à Rome (cours magistral) et pour code LLC309. Il a pour objet d'étude les passions dans la pensée latine.

Deux études : l’épicurisme, via Lucrèce. Les traités de Sénèque, De Ira, De Clementia. 

Cours 1 : 12/02/08

 L’époque hellénistique apporte un changement : à la pensée classique (Platon, Aristote) succède la pensée hellénistique, après Alexandre, fin 4ème siècle, constituée de l’épicurisme, de stoïcisme et du scepticisme.

 Les romains ont puisé dans les deux strates précédentes pour l’expression d’une pensée romaine de la passion. La grande différence entre la période classique et la période hellénistique est la naissance d’une espèce de rêve hellénistique, caractérisé par l’idée que l’homme peut venir à bout de la passion pour arriver à l’ataraxie ou, plus fort, à l’apathie.

 Pour Platon et Aristote, la passion est une donnée permanente nécessaire de l’âme humaine et qu’il faut simplement réussir à contrôler. L’âme est toujours porteuse de passion. On trouve chez Platon le mythe de l’attelage dans le Phèdre : deux chevaux qui doivent être maitrisés. L’âme n’est pas chez elle dans ce monde et donc ne peut y atteindre la perfection rationnelle. La passion est le signe de l’exil de l’âme. Pour Aristote, même chose mais par des voies un peu différentes : il est inutile d’essayer de se débarrasser de la passion mais il en existe un bon usage, pour aller vers les passions moyennes qui sont la définition même de la vertu.

 Dans la pensée hellénistique, on trouve trois systèmes de pensée qui sont tous, dans des contextes différentes, des concepts qui rejettent l’idée de la transcendance ; la perfection de l’âme ne doit pas être recherchée au-delà de la mort mais hic et nunc, dans le monde moderne. L’âme humaine a la capacité et le devoir d’être parfaite dans le monde tel qu’il est ; être parfaite, cela signifie se délivrer radicalement de la passion, et non céder à la métriopathie (avoir des passions contrôlées, moyennes) aristotélicienne. Pour les pensées hellénistiques, il s’agit d’éradiquer la passion. Le projet central de l’éthique est de vivre sans passion, d’où le recours comme métaphore dominante pour la passion (πάθος) à la maladie. De même que le corps a ses maladies, l’âme aussi, et le philosophe est le médecin de l’âme. Cette fonction thérapeutique, Michel Foucaut la nomme cura sui, le souci de soi, car il faut avant tout être le médecin de soi-même, de son âme.

 Les trois écoles ont le même but, mais divergent fondamentalement sur l’étiologie (les causes) de la passion.

 

Introduction préparatoire aux trois écoles hellénistiques :

1) Scepticisme

2) Epicurisme

3) Stoïcisme

 

 Le scepticisme se divise en deux temps : le pyrrhonisme et la Nouvelle Académie.

 Dans le pyrrhonisme (du nom du fondateur, Pyrrhon d’Elis), le monde est dépourvu de toute vérité ontologique, il n’est qu’un jeu d’apparence : il n’y a pas d’être véritable et ses apparences sont contradictoires. Rien n’est substantiel, il n’y a que des erreurs, une confusion entre paraître et être qui est source de passion et de souffrances. De plus, la nature est un jeu d’apparences contradictoires et exactement contradictoires (principe d’isothénie, de la force égale des apparences contraires), si bien qu’il y a neutralisation et point d’équilibre.

 Exemple du Mythe de Sisyphe, de Camus. On y retrouve le présupposé pyrrhonien que le monde est absurde, n’a ni sens, ni être véritable. Le tragique et la grandeur de l’homme est ce projet de trouver un sens dans ce monde qui n’en a pas. Même présupposé chez Pyrrhon, pour arriver à une conclusion contraire. Chez Camus, il faut exister, sortir du non-sens. Chez Pyrrhon, il faut que l’homme se fasse le miroir de cette absurdité du monde, qu’il aboutisse à un état de vide absolu en neutralisant en lui-même les apparences contradictoires. « Se dépouiller de l’homme », comme d’un vêtement qui ne nous va pas. Se dépouiller des passions, désirs, croyances, pour arriver à l’impassibilité absolue, à la neutralisation absolue. Il faut être le miroir d’un monde dépourvu de sens. L’influence d’une sagesse indienne est probable.

 

 Dans l’épicurisme, il s’agit d’éradiquer la passion, atteindre l’ataraxie. Postulat différent : le monde n’a pas de sens, mais il a une réalité, il est composé d’atomes et de vide. Le monde n’a pas de sens, il résulte du hasard, des chocs atomiques. C’est au hasard des chocs atomiques que tout se constitue. Pas de sens préétabli.

 La passion consiste en trouver aux choses un sens préétabli et de ne pas voir qu’à la base de tout, il y a des atomes et du vide. Pour les épicuriens, toutes les passions dérivent de deux erreurs fondamentales : les croyances sur l’au-delà de la mort et la religion et la croyance que les dieux s’occupent de nous. Ils refusent d’admettre que la mort est autre chose qu’une dissolution atomique, car l’âme, comme le reste, est constituée d’atomes et de vide. Il n’existe ni providentia (voir loin devant soi) ni prudentia (sagesse) divines, car les dieux existent mais se désintéressent du onde ; ils existent heureux dans les inter-mondes, dans une béatitude absolue. La passion va naître dans le refus d’admettre l’égalité des choses.

 

 Pour le stoïcisme, le monde a une réalité matérielle, il est réel et est né d’un πνεμα, un souffle de feu agissant sur une matière inerte. Le monde a un sens prédéterminé, pensé par la providence pour être (Chrysippe, 3ème) « la maison commune des hommes et des dieux ». Dans cette maison du monde, il existe une familiarité avec les dieux (et non avec les animaux) et une incapacité à comprendre ce sens premier du monde donné au monde par Dieu.

 

 La passion va être reformulée par rapport à ces définitions, avec pour les trois pensées un même but, qui est de sortir de la passion. Le Dieu du stoïcisme est confondu avec la nature et la raison.

 

Textes : Le pyrrhonisme et l’idéal de sérénité.

Εxtrait 1:

 Sextus, Adu. Math., VII, 30 :

 ̓Αλλά τὸ φαινόμενον πάντῃ σθένει, οὖπερ ἀν ἐλθη

 « L’apparence s’impose partout là où elle va. »

 Tout n’est qu’apparence.

 

Extrait 2 :

 Sextus, Adu. Math., I, 305-6

 Μοῦνος δἀνθρώποισι θεοῦ τροπόν ἡγεμονεύεις,

 ὁς περὶ πᾶσαν ελῶν γαῖαν ἀναστρέφεται,

 δεικνὺς εὐτόρνου σφαίρας πυρικαύτορα κύκλον

 « Toi seul, tu guides les hommes à la manière du dieu qui voyageant sur toute la terre revient en aarrière, montrant le cercle enflammé d’une sphère bien dessiné. ». Timon compare Pyrrhon à un dieu, Apollon, le soleil. Pyrrhon est source de lumière pour les hommes. Sur un cercle, les points sont à égalité du centre, pas d’irrégularités, égalité parfaite. Métaphore à travers laquelle se révèle l’enjeu principal de l’affaire. L’homme qui a vaincu ses passions devient identique à un dieu. Peut-on devenir un dieu ? Réponse de Platon et Aristote : non catégorique. Philosophies hellénistiques : difficile, exceptionnel mais possible. La passion en est l’obstacle principal.

Posté par Will9 à 16:01 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur DPMR.CM 1

  • Lool ça fait bizarre de tomber sur cette page ! Je crois en fait qu'on est dans le même cour !

    Posté par Maggy, 23 mai 2008 à 08:32 | | Répondre
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